A l’improviste – Duo Xavier Garcia et Lionel Marchetti

Avec le duo Marchetti / Garcia, on est face à deux approches de la musique électronique live : le numérique et l’analogique. Mais on le sait, « peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ».

Le duo d’improvisateurs en provenance de la région lyonnaise : Lionel Marchetti et Xavier Garcia étaient dans notre studio le 12 juin dernier pour l’émission A l’improviste sur France Musique. Deux musiciens complices dont on pourra découvrir bientôt la musique sur disque (Machines Lyriques, label Signature/Radio France) : Xavier Garcia, musicien de l’ARFI (Association de Recherche d’un Folklore Imaginaire) et compositeur de musique électronique et Lionel Marchetti, performer et compositeur de musique concrète dans la lignée de Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Michel Chion et quelques autres …

De leurs machines (sampler, ordinateur, magnétophone à bande magnétique Revox, micros multiples…) jaillissent des sons qui se répondent et s’influencent mutuellement. Il y a du traitement dans l’air, de la transformation. On est en pleine illusion sonore…

Pour capter cette fantasmagorie, notre équipe technique a vu grand. C’est en 3D que le son va vous parvenir si vous mettez un casque sur les oreilles grâce à la technologie du son binaural… Bon voyage !

Improviser avec des machines

Xavier Garcia et Lionel Marchetti au studio 106 par Dimitri Scapolan
Xavier Garcia et Lionel Marchetti au studio 106 / Dimitri Scapolan

Pour tous ceux qui pensent que les machines ne sont pas aussi réactives que les instruments de musique et ne sont donc pas l’outil idéal pour l’improvisation, la musique de ce duo agira peut-être comme un révélateur. Les machines de ces deux musiciens rompus autant à la musique de studio qu’au live vivent, elles réagissent et racontent une histoire.

Le plus troublant vient du fait que les sons des deux musiciens, pourtant différents à la source (numériques d’un côté, analogiques de l’autre) se mélangent et parviennent à brouiller la perception. C’est comme si on avait eu sur le plateau un méta-instrument, une seule et même machine d’où jaillit une musique extrêmement vivante.

En improvisation, Lionel Marchetti aime parler de la poétique de la « dérive », le fait d’embarquer sur le courant sans carte en mains. Cette dérive, ce voyage, n’a cependant rien d’une errance. C’est une exploration, une façon de creuser un espace-temps et d’en appréhender toutes les richesses, les ressources.

Spatialiser le son pour englober le public

Le compositeur Xavier Garcia évoque son travail en duo, le concept de spatialisation dans leur composition et la place du public dans tout ça :

Notre duo travaille sur une spatialisation extrêmement simple. Nous sommes placés au centre, entourés par le public, et 4 haut-parleurs sont placés aux quatre coins de l’espace. Nos sons sont diffusés en diagonale. Lionel sera diffusé sur deux haut-parleurs diamétralement opposé alors que je serais diffusé sur les deux autres. Il est important de séparer nos sources car elles sont souvent très mélangées à l’origine. Durant le concert chacun est susceptible de traiter et transformer les sons de l’autre.

Ainsi pour nous, pour ce duo en particulier, la spatialisation ne fait pas l’objet d’une spéculation particulière autre que celle de rendre les actions les plus claires possible. On ne peut pas embarquer le public dans une aventure poétique, musicale, et je dirais même « lyrique » si l’écoute du public « glisse » et ne peut se raccrocher à rien. C’est pour moi très important de donner des codes simples pour rassurer l’écoute, la capter. Alors seulement, on peut « voyager ».

Ce qui était différent au studio 106 lors de ce concert c’est que le public était dans une position classique frontale alors que nous jouons habituellement avec le public autour de nous, lui-même entouré par 4 (ou plus) haut-parleurs. De cette façon le public perçoit des sons devant, sur les côtés ou derrière lui quelle que soit sa position. Notre propos n’est pas de faire « tourner »  ou «  bouger »  les sons, nous ne cherchons pas un effet cinétique, il nous parait important que le public comprenne bien ce qui se joue, qui joue, qui fait quoi, qui transforme le son de qui etc…  Nous souhaitons que le public soit en « immersion » dans la chair du son, c’est pour cela que nous le plaçons autour de nous, entre les HP et nous où il va être englobé et se « perdre » dans la masse des sons.

Le binaural recrée un espace assez beau en effet et assez large également. Notre concert a été enregistré principalement avec un « traitement » numérique qui simule le binaural et non pas en binaural natif. On constate que si on gagne en espace, en ampleur, on perd en aigu et en précision sur les sons. Est-ce que cette perte d’aigus ressentie ne vient pas du fait que le logiciel de simulation binaurale n’exagère pas un peu la perception indirecte par le pavillon de l’oreille et du coup la perte d’aigu ? Ce n’est peut-être qu’une impression…

 

Duo Xavier Garcia (sampler, traitement laptop) et Lionel Marchetti (magnétophone REVOX à bande magnétique, manipulé en direct).
Concert enregistré en public au studio 106 de Radio France le 12 juin 2017.

Prise de son – Bruno Mourlan, Julie Garraud, Fabien Capel, Dimitri Scapolan
Sonorisation – Nicolas Depas Graf
Productrice – Anne Montaron
Attaché de production – Soizic Noël
Chargée de réalisation – Françoise Cordey

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