A Blind Legend, le jeu 100% binaural

Mettez votre casque, fermez les yeux et découvrez A Blind Legend, le premier jeu vidéo où l’on aiguise ses oreilles, comme son épée. Un périple à l’aveugle, estampillé nouvOson.

C’est la première fois que Radio France participe à la création d’un jeu vidéo. Mais doit-on vraiment parler de jeu vidéo ? Ici, pas une image à laquelle se raccrocher. Cette application, imaginée par Dowino et coproduite par France Culture, repose uniquement sur le son binaural. Le joueur, casque obligatoire sur les oreilles, incarne un chevalier non-voyant, Edward Blake, qui se repère, affronte des ennemis et progresse dans un paysage sonore en 3D. Avec pour seules aides, son ouïe et la voix gaillarde de sa petite fille de huit ans, Louise.

MAKING-OF

Celle-ci, comme les autres voix françaises du jeu, ont été enregistrées dans le studio 114 de la Maison de la Radio, sous la direction de Baptiste Guiton, réalisateur de fiction pour France Culture. Trois jours de prise de son, à blanc, en chambre sourde, pour pouvoir ensuite recréer la scène et son environnement, grâce à des couches successives de bruitages spatialisés. Pour les comédiens, comme Clément Bresson qui incarne à la fois le chevalier Blake, le travail s’est apparenté à un tournage de cinéma sur fond vert, pour un film en 3D. Difficile parfois de trouver le ton juste dans ces conditions. Chaque interprète a dû aussi pousser des ah, des aaaah, improviser en boucle des “viens-là”, “approche”, “par ici” et agoniser des dizaines de fois, pour pouvoir nourrir les scènes de combat et éviter qu’elles ne semblent mécaniques et désincarnées.

La seconde contribution de Radio France a consisté à réaliser les cinématiques du jeu -les scènes linéaires- selon les canons de production-maison du son multicanal, sous l’égide de Cécile Bracq. Avec à la clé, des problématiques complexes : comment donner au joueur l’illusion (sonore) qu’il chute dans un ravin ? Ou qu’il est la cible d’une pluie de flèches qui le frôlent ? Comment le faire sursauter sans lui déchirer le tympan ? Comment surtout faire comprendre au joueur, sans ambiguïté, dès les premières secondes du jeu, qu’il incarne Edward Blake ? La voix du chevalier a évidemment reçu un traitement tout particulier, à l’enregistrement, comme au mixage.

La start-up Dowino, enfin, a fait tout le reste : elle a construit le jeu, développé le moteur du jeu et s’est chargé de la partie sonore interactive de l’aventure. Une architecture complexe où chaque élément de la narration, représenté par un des 6791 fichiers sonores, doit être positionné dans un paysage virtuel. Où les indices auditifs doivent être suffisants pour guider le joueur. Mais où la difficulté doit aller grandissant, du 1er au 5e niveau, sans toutefois le perdre. Aux manettes de ce travail minutieux : Bruno Guéraçague pour le sound design, Alexandre Rocca pour le mixage et Christophe Roth pour le level design.

POUR LES AVEUGLES, ET LES AUTRES

Cette application, conçue pour mobiles et ordinateurs, est évidemment accessible aux non-voyants. Tout y est audio, lu par une voix de synthèse, du générique aux crédits. Et il ne se passe pas grand-chose à l’écran, si ce n’est le flottement lent de nuages sombres et des zébrures symbolisant vos coups d’épée. Un parti-pris radical pour que les valides n’aient aucun avantage sur les aveugles.

Mais ce jeu est surtout une expérience inédite pour tout le monde. Gamers ou non. A partir de 12 ans (car, bien qu’uniquement sonore, il y a là-dedans de l’hémoglobine et des têtes qui tombent). Une aventure palpitante où chacun, au gré des cinq niveaux du jeu, peut imaginer son propre monde, le peupler à sa guise… et s’inventer la trogne du monstre éructant qui vient de l’attaquer par la droite.

► A Blind Legend est téléchargeable gratuitement sur l’Appstore et le Google Play Store. Il existe en français et en anglais.

Il est aussi possible d’expérimenter le niveau 1 du jeu sur Mac et PC, en le téléchargeant depuis franceculture.fr.

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